LA DÉSOLATION DE L’ÉTERNITÉ (Chroniques Des Ténèbres)
21 août 2026 par vincent
Je suis un archange, je vais et je viens entre le royaume des cieux et le monde des mortels.
Je me nomme Gabriel, l’archange qui a annoncé la naissance prothétique du Christ.
Jésus est mon seul ami et nous nous apprécions beaucoup, pendant sa quête missionnaire rédemptrice je l’observais avec admiration.
À l’époque je ressentais la flamme d’espérance qui s’évader de chaque mortels.
Mais à ce jour les temps ont évolué, les autres anges ne me parle pas et ne m’apprécie guère.
Dieu me tolère mais il passe par son fils pour communiquer avec moi.
Il est vrai que seul et déprécié mon immortalité n’a plus de saveur.
Dans le paradis je suis comme un parasite car c’est en observant l’humanité régresser dans le vice que je suis devenus sombre et glacial, j’ai stylisé mon apparence par des yeux gothiques.
Mes bras sont tatoué de symboles ésotériques, je porte des bagues et arbore un crucifix sur un costume noir élégant. En fait j’ai remplacé la veste et la chemise par un débardeur noir afin d’exposer mes tatouages, mon crucifix ainsi que la liberté de déployer mes ailes aisément.
Pour moi l’existence n’a plus de sens, elle ne symbolise et génère que chaos et désolation.
Je passe mon temps à observer l’anarchie humaine avec détachement, je ne cherche pas à les sauver, je m’en fous. Christ est bien le seul à me comprendre et à m’excuser.
Il sait ce qui a fait pencher la balance de l’innocence vulnérable à la violence coupable et suicidaire qui est en moi. Elle… Elle s’appelait Pauline. Elle est morte et je n’ai plus le droit de l’approcher car nous demeurons inlassablement les messagers de Dieu, et il m’est interdit de passer l’éternité au paradis dans les doux bras fragile de celle que j’aime.
Pauline ne m’a jamais vue dans aucun des deux mondes à l’inverse de moi qui suivit ses fait et gestes. J’ai tatoué son visage de nacre et la finesse de ses yeux clairs transparents sur l’ensemble de mon épaule. Chaque jours je la suivais le cœur lacéré de ne pouvoir l’approcher et de la voir évoluer avec un autre me fit devenir d’une froideur radicale.
Je hais la vie, la mienne en particulier, mais je demeure l’Archange Gabriel.
Chaque jour j’erre dans les cimetières et je fixe avec mes yeux gothiques les tombes et crucifix en me demandant ce que je vais bien confesser au Christ à mon retour.
Je vais hanter ensuite les clubs où la frénésie est présente, mon regard ténébreux fixe ces jeunes qui excellent dans l’abandon de leur pudeur. Je vais ensuite afin de me changer les idées millénaires, observer les concerts déferlants de black métal ou de clubs technos dark.
Pendant qu’ils surchauffent leur public violement, je déploie mes ailes et mes bras en croix fixant l’euphorie frappante avec mes yeux gothiques souriant.
Le public est survolté, transcendés par les performances affichées, j’assiste à chacun des concerts… Telle est mon unique distraction, ma douce addiction…
Je ne me sens vivant qu’à ces instants où je fais abstraction de mes douleurs récurrente.
Après le visage de Pauline me tourmente, alors je vais me dresser sur le toit d’une cathédrale, mes ailes déployées, mes bras tatoués en croix et mon regard ésotérique qui fixe stoïquement la lune sous la résonance des cloches cadencées.
C’est là que je hurle comme une prière suicidaire vers Dieu :
« Stab Me and Be Satisfied !… Stab Me and Be Satisfied »… Inlassablement.
Crier cela me défoule et le rythme des cloches qui m’accompagne me procure une certaine adrénaline, sachant que les autres anges me regardent hurler ma douleur si muette.
Pour changer je regarde les enfants jouer dans les parcs, la plupart sont cruels envers leurs semblables. Je porte mon attention sur une petite fille qui semble être dans le même cas que moi, alors je décide de l’observer et lorsqu’elle est seule je lui apparaît enfreignant les lois célestes, mais le Christ me pardonne car cet enfant est battue chaque jours scolaires, dépréciée par sa famille et maltraitée par ses congénères.
Elle aime bien mon apparence sombre et mon regard gothique archaïque, elle sourit fascinée par le contraste entre mes tatouages et mes ailes.
Se sentant en confiance elle me confit ses blessures et son désir de s’effacer.
Je l’écoute attentivement et pour la première fois je trouve un sens à mon immortalité en décidant de la sauver de son chaos et du suicide. Nous devenons amis et je l’emmenais partout avec moi afin qu’elle s’évade, dans les clubs, les concerts de black métal.
Elle se mit à sourire, à sourire réellement, ressentant la saveur d’une joie de vivre.
Elle trépignait d’impatience de sortir de l’école afin de nous retrouver et partager ses soirées avec moi dans mes errances, je l’emmenais où elle voulait, nous conversâmes beaucoup et je m’évertuais à lui insuffler le sourire qu’on lui avait volé…
Assis sur le toit de ma cathédrale, elle regarde l’horizon panoramique émerveillée, puis elle me demande comment le Christ est-il au quotidien, pourquoi je suis un ange gothique et surtout pourquoi je dégage autant de tristesse, je lui explique ému les détails.
« Moi je t’aime très fort, tu es mon seul et meilleur ami et je ne veux pas t’abandonner » me dit-elle… Quelques larmes s’échappent de mon âme et je la prends dans mes bras déployant mes ailes en pleurant de joie, je lui promets alors d’être présent et de toujours veiller sur elle.
À son tour elle me prend dans ses bras en sanglotant de joie « je vais vivre pour rester avec toi » me dit-elle. Bouleversé je récite une prière pour la bénir en lui signant le front avec mes bagues puis j’essuie ses larmes et lui affiche un regard protecteur.
Ensuite je la raccompagne chez elle en attendant les lendemains à passer ensembles, avant de retourner me dresser au sommet de ma cathédrale, les ailes déployées, mes bras tatoués en croix et mes yeux gothiques fixes je hurle : « I Breathe, I See. I’m Alive, I Lives Through The Eternity »… Indéfiniment sous la rythmique de cloches effrénée, dans une folle résonnance jusqu’à chatouiller les oreilles de Dieu. Cette fois-ci, les anges sourient.
Prose pour elle, en remerciement de cette douce parenthèse
« Ses yeux s’illuminent, et ce joli sourire qui scintille ». « Une lumière où la Vie a peint son fragile tracé de génie ». « Sa bienveillance, celle-ci se dessine sur un chandelier qui s’était forgé de milliers de brasiers, bien souvent tourmentés, que sont mes yeux d’immortalité ».
« Avec ses quelques mots elle a su en incarcérer ces maux-dits de chaque nuit ».
« Son sourire est empreint par la Vie. Frêle ou d’argile, cette fille elle a su y dévêtir toute la froideur, tout ce chaos ». « Ceux-ci qui animent mes absences et mes hordes de violences ». « Ces nombreux silences ruisselant dans les failles de mes regrets, à l’abysse de mon âme ».
« Une âme qui parfois se révèle trop vulnérable ».
« Par quelques légères minutes, cette jolie brindille amicale, elle m’a prodiguée un peu de sa pure chaleur. Non pas une dure brûlure. Non ». « Elle m’a offert le réchauffement d’un cœur, son cœur, un cœur d’humaine et d’humanité. Un bouquet de fleurs qui m’écrit, qui m’inscrit même : « la Vie t’aime. La Vie t’aime sincèrement » ». « Quelques minutes où les tumultes de mes blasphèmes en guises de requiem sont devenus flemme, blême, voire absents ».



